Un peu de tout

 Hist. de Belgique

 Archives

 Pour les débutants

Zones d'action

Cartographie

 Hist. d'un village

                                                                                       

Cartes

                                         
Bibliothèque
                                                  

A visiter

 A lire

                                                           

 

Bibliothèque

Contacts

  

      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                 

                                                                                             

                      

                                                                                              

                                                                                               

 

 

 

 

 

 

 

        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                        

 

 

                                                                                                                                                                                                    

                                                                                                                                                                              

    

 

   

 

 

 

 

 

                                                                                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

         

 

 

 

 

 

 

 

 

.

 

 

 

Généagesves asbl © 2011

 Accueil
 Histoire

Livre d'or

 

 

   Dans cette rubrique "Histoire",

 

    - la page "Histoire de Belgique" restera bien en place...difficile de changer notre Histoire !

    - la page "Histoire d'un village", par contre, sera remplacée de temps en temps et nous apprendra le passé d'autres villages.

 

   Afin de célébrer dignement la naissance de notre site, Gesves est mis à l'honneur, cette commune étant le berceau de notre groupe,...mais vous l'aviez deviné.             

                  

          

      

ABBAYE DE GRANDPRE A FAULX-LES-TOMBES

En cartouche : "Grand predt Abbaÿ" - vue prise du nord.

Voici un doublet, réalisé en principe à un an de distance, en 1605, de la vue de cette fondation cistercienne présentée et commentée en tête de l'Albumn parmi les abbayes d'hommes du Namurois (voir t. XIV, pl. II).

Copie conforme dans l'ensemble, à quelques détails près. On notera surtout que la réduction d'un cinquième en largeur du champ consenti par l'auteur de l'encadrement à celui de la vue a eu pour conséquence d'amener celui-ci à accentuer sensiblement la verticalité des volumes, et le quartier abbatial y perd un peu de son ampleur. Remarquer aussi l'ajout d'une porte et de lucarnes à la tour en poivrière qui lui est accolée, d'un escalier extérieur (?) à l'angle de la salle capitulaire et du lavabo, d'une colonne ou "potale" au centre de la cour.

En contradiction avec la vision du peintre, nous avons déjà évoqué l'état de délabrement de l'abbaye à la fin du XVIe siècle. Il se confirme encore en 1605, précisément. Le 23 mars de cette année, lors de l'élection de l'abbé Gilles Bouchiaux par les dix moines de la communauté, les commissaires délégués par le gouvernement notent en effet que les édifices "vont à ruynes", que les terres sont mal labourées, les viviers mal entretenus et les bois vendus ; le président du Conseil de Namur n'a pas osé venir à Grandpré "pour les dangiers trop apparans et [pour] avoir eu certaine advertance que l'ennemy se trouvoit lors environ ces endroits" (Archives ecclésiastiques, n° 3001)

STRUD A HALTINNE

En cartouche : "Stru et Appen[dices]" - Vue prise du sud.

On reconnaît sans hésiter l'église de Strud. Certes des travaux d'agrandissement l'ont affectée au cours du XIXe siècle, mais en respectant son allure romane.

En pierre calcaire et sous bâtière d'ardoise, elle est longue de quatre travées (sept à présent), avec un chevet plat ; sa tour massive, encadrée des bas-côtés, est aveugle, sauf au dernier étage (aujourd'hui, il y a davantage d'ouvertures). Elle est entourée d'un enclos cimetéral ; un grand pousse au milieu du pré, derrière le chevet. Adrien de Montigny ne l'a pas représentée sur un éperon auquel on accède par une volée de marches, ou, pour les voitures, par une pente de 10 %, dont l'abrupt domine le village.

A l'époque, le sanctuaire était "fort dévalisé", "fort pauvre et sans aucuns revenuz" ; une cloche venait de se casser. Aussi les manants décidèrents-ils, pour financer les réparations, de vendre en 1606 quelques "petites piedsentes" et "terres communes", "du tout inutile" (Archives ecclésiastiques, n° 2520). L'opération renouvellée à deux reprises l'année suivante, à la demande du curé, Jean Anselon, rapportera 42 florins (Echevinages, Sclayn, n° 3, f° II v°).

A gauche, séparé par le ruisseau d'un bâtiment avec annexes, le château. Un corps de logis de deux noveaux ouvert sur l'extérieur par une rangée de fenêtres à traverses, couvert d'une vaste toiture percée de lucarnes ; une grosse tour ronde en poivrière d'où s'élance une girouette. L'ensemble est équilibré et soigné : des bandeaux qui viennent couper des chaînages de pierre. La couleur rouge de la brique ou de l'enduit contraste avec la grisaille des immeubles voisins.

 

Ces édifices ne peuvent être identifiés. Un seul, auquel a succédé maintenant une exploitation agricole, figure sur la carte de Ferraris : sur la rive droite du ruisseau de Là bas, venu du sud, peu avant son confluent avec le Struvia. Sans doute le bien de Philippe Tamison dont le Terrier dit seulement qu'il possède "maison, cense et appendices" où logent les officiers de passage (Enquêtes judiciaires, n°1796).

L'implantation de l'habitat en anneau est conventionnel : le relief l'interdit. Il y avait, dans les "appendices" de Muache, des Hautes et Basses Comognes, 18 à 20 maisons vers 1585, chacune ayant son "héritage" clôturé, "entrelacé entre les maisons". On y cultivait "ronds grains, vesces et potages" et les pauvres gens coupaient l'herbe de 4 à 5 bonniers de trieu. Il y avait aussi quelques terres de labours (Informations, n°30).

Le village voit défiler ou s'installer des troupes : le "comte Ottavio", le comte de Berlaymont vers 1590 - la mémoire villageoise retient mal des dates précises - puis le duc de Parme en route vers Spa et enfin le redoutable "Apioconte" y logent des détachements qui "mangent tout" ce qu'ils trouvent. En 1595, lors de la rpise de Huy par les Hollandais, le village est déserté, comme Coutisse et Jausse, pendant plusieurs semaines (Enquêtes judiciaires, n° 1674 et 1796).

FAULX A FAULX-LES-TOMBES

En cartouche : "Terre de Faulx" - vue prise du sud-ouest.

Ce château, isolé sur une hauteur dominant la rive droite du ruisseau d'Arville, appartenait, au début du XVIIe siècle, au seigneur hautain du lieu., Jean de Berlo de Brus, en même temps que la cense située en contrebas et un bois si étendu que les manants n'en savaient "le nombre de bonniers" (Terrier). En plus du tavernier et du censier de la "maison de sté", domaine de l'abbaye de Grandpré, une vingtaine de familles vivaient sous le ressort de la seigneurie.

L'église est aux Tombes, de l'autre côté du Samson.

Adrien de Montigny décrit un ancien château féodal, édifié à même le roc, modernisé et adapté aux nouveaux modes de vie. Le donjon carré, puissant, nanti d'une bretèche, porte une haute toiture en pavillon ornée de deux girouettes. A sa droite, vers la forêt, deux tours rondes dont les poivrières accentuent le caractère altier, cantonnent des bâtiments inaccessibles et aveugles, sauf au dernier étage. Un pont-levus enjambe un fossé sec. En 1480, la château étant délabré, des experts émirent l'avis qu'il était nécessaire de remaçonner notamment la "grosse tour quarrée", le mur du pont-levis ainsi que le pont fixe au-devant de celui-ci. Ce document extrait des archives du Souverain bailliage de Namur (A.S.A.N., t. XXII, p. 453, n 1) est vraisemblablement le seul qui révèle tant soit peu l'aspect primitif.

A la Renaissance, si l'on en croit la gouache, un logis de briques fut ajouté à la gauche du donjon, avec grand porche cintré, fenêtres à croisées sur trois niveaux, cordons de pierre et fronton à volutes. En 1870, l'architecte Beyart trans-

-forma l'ensemble à la demande des propriétaires, les Sauvage-Vercours, et en fit un château de "style troubadour", noyant de pierre les façades, gommant les volumes anciens, multipliant les ornements, en un mot, rendant quasi illisible le bâtiment primitif. L'incendie de 1961, qui ravagea une notable partie du château, consomma la perte del'édifice médiéval. Pourtant, il reste un logis gothique enjolivé d'éléments Renaissance et daté de 1563. Si c'est lui qu'a voulu représenter Adrien de Montigny, il devait se trouver, sur la vue, à la droite et non à la gauche du donjon.

Galliot fit, à la fin du XVIIIe siècle, une description enthousiaste des charmes de la vallée du Samson, en cet endroit : "Le château de Faulx [...] est bâti sur un roc escarpé, que la nature semble n'avoir fait naître à l'extrémité d'une colline que pour l'emplacement de cet édifice. Il parît qu'il n'étoit placé dans ce terrein que comme un fort capable de protéger le voisinage ou pour le plaisir de la chasse dont le terrein qui l'environne, offre tous les agréments. Il est, pour ainsi dire, au milieu des bois, qui n'en sont séparés que par un charmant vallon, occupé par de belles prairies qu'un très gros ruisseau arrose. Il jouit d'une des plus belles vues que les bois, les collines, les vallons, des laintains et une [sic] horizon sans bornes lui présentent". (Histoire... de Namur, t. IV, p. 10).

HALTINNE

En cartouche : "Haltines". - Vue prise vraisemblablement du sud.

Quatre éléments caractérisent cette gouache : au centyre, campée sur une butte, l'église ; à droite, un ensemble de bâtiments de pierre, cernant une cour à laquelle donne accès un porche en arc de cercle : à gauche, une forge crachant flammes et fumées : traversant le tout, un ruisseau. C'est Haltinne, même si les composantes du paysage sont implantées dans le désordre.

L'église Saint-Martin - reconstruite durant la seconde moitié du XVIIIe siècle - est située à l'extrémité du village d'aujourd'hui et à mi-pente du coteau. Elle est bien dressée sur une sorte de butte, à condition de la regarder depuis le ruisseau et non du côté opposé. Elle venait d'être réédiffiée : en 1588, les manants avaient vendu, à deux reprises au moins, des pièces de terrains communs pour la "réédification" ou l' "édification" de leur église (Echevinages, Sclayn, n°44, f°77) et en 1589, elle était déjà couverte (Ibid., f°85). Elle semble, ici, inachevée, avec un transept, mais sans choeur.

Le complexe de bâtiments à droite - la "cense" des Fossés - donnera naissance, en 1635, au très beau château que l'on admire aujourd'hui, baigné par de larges douves. L'implantation, au sud-est de l'église, est correcte. Dans les caves du château, des massufs de maçonnerie attestent le plan de l'ancienne ferme et évoquent celui qu'Adrien de Montigny a dessiné (TH. BOUVY COUPERY DE SAINT-GEROGES, Haltinne..., p.18). La "cense" des Fossés appartenait depuis 1601 à Henri d'Enghien dit Tornaco, dont l'épouse était détestée au village. Elle y avait, disait-on, attiré une compagnie d'hommes d'armes où servait son cousin. Les soldats s'y livrèrent aux excès courumiers, tuant les poules et les oisons, frappant le maire, Adrien du Bois, à coups d'escopette, injuriant le curé : "A-t-il meschine et enfants ?" et ne dit-il pas "messe, estant bourrache ?". Les Fossés furent épargnés et la châtelaine ne se vantait-elle pas qu'ils "étaients là pour la protéger" car elle "est bonne demoiselle" et son mari "bon gentilhomme" ? (Echevinages, Entre-Leuse-et-Arche, n° 3, f°15, 1608).

La Forge constituait, avec les Fossés, un des cinq fiefs d'Haltinne, à un demi-kilomètre à l'est du château, et non à l'ouest, comme sur la vue. La présence de scories le prouve (TH. BOUVY, op. cit., p. 5). Non loin, le Vivier, autre fief dont, malgré les deux bonniers de surface, on tire alors bien peu de profit. Vers 1632, son propriétaire, Gérard Moreau, seigneur de Thon, le vendit, car il a "eu à crédit marchandises pour accoultrements [l'habillement] et aultres ses nécessités pour payement desquels les créditeurs le veuillent presser..." (Echevinages, Thon, n° 11 bis). 

Quant au ruisseau, le Struvia, il coule d'est en ouest. Traversant le Vivier et actionnant la Forge, il passe derrière le château dont il alimente les douves, et non devant, puis il contourne l'église vers le nord et descend vers Strud.

A noter que la "motte" féodale au sud de l'église avait été détruite quelques deux cents ans plus tôt.

JAUSSE A FAULX-LES-TOMBES

En cartouche : "Iaulce les Ferons sans Clochier". - Orientation impossible à déterminer.

Bien que "sans clocher", Jausse-les-Férons était un village important, implanté près du confluent du Samson et du Wanet. Le liutenant-bailli d'Entre-Meuse-et-Arche, Jehan de Maillen, y tenait volontiers les plaids, au même titre que chez lui, à Sart-Bernard (Echevinages, Entre-Meuse-et-Arche, n° 2, p. 115). Les soldats de passage "de diverses nations, tant italiens que bourguignons et albanois et aultres gens fort mala conditionnés" et "su dissolus qu'ils dansoyent le jour du vendredy saint" y font halte et s'y installent aux frais des habitants restés au village (Enquêtes judiciaires, n° 1248).

Il y a là, outre deux moulins appartenant aux archiducs et aux cisterciens de Grandpré, la brasserie de Pierre Anceau, l'atelier de maréchalerie de Léonard de Boussifet, les "maisons et édiffices" de Loys Gérart, des veuves de Nicolas, Adrien et Jean Gérard, de Marie Fontaine, de Jean Lambot et la "cense" de Granpré (Terrier). Sans compter les forges, si actives qu'elles justifient le nom du village : les "férons" sont ceux qui travaillent le fer et jouissent de ce chef, depuis le XIVe siècle dans le comté, de privilèges et d'exemptions juridiques et économiques.

Les forges s'échelonnaient tout au long du ruisseau, à Jausse, à Villeval, à Goyet. Le Terrier n'en offre qu'un répertoire incomplet (GILLARD, L'industrie du fer.., pp. 145-146). Adrien de Montigny ne s'y intéresse guère : une gerbe de fumée rougeoyante s'échappant d'un toit gris, une minuscule roue à

aubes tournant le long d'un mur, les évoquent trop discrètement, à l'extême droite de la vue.

Le Samson, à moins que ce ne soit le Wanet, serpente du même côté. L'inexactitude de son tracé, l'absence d'église, la disparition de la quasi totalité de l'habitat depuis le XVIIe siècle, la perte du plan cadastral dressé par l'administration française interdisent tout localisation, tout identification des bâtiments. Ni la maison de pierre avec sa toiture à pas de moineaux, près du ruisseau, ni le complexe à l'allure seigneuriale que longe le chemin n'ont laissé de traces. Un camping et une scierie ont remplacé les "usynes à fer" et une seule maison, à la rue de Jausse, conserve encore un noyau du XVIe siècle. Le "toicteau", cette sorte de halle primitive, au centre d'une vaste espalnade, a lui aussi, a fortiori, disparu. 

MOZET

En cartouche : "Mozet Bois Gillet". - Orientation impossible à préciser, peut-être vue prise de l'ouest.

Un dessin de Remacle Leloup réalisé depuis le sud du village (1738) peut aider à lire la gouache puisque Adrien de Montigny, trompé par les méandres du Tronquoy, a hésité sur le tracé de celuo-ci qui ne peut donc servir de repère.

L'église, bâtie sur une hauteur, était correctement orientée jsuqu'à sa reconstruction en 1775 ; depuis 1853, sa tour est au nord et...au chevet. Sur la gouache, elle apparaît longue de trois travées, nantie d'un clocher relativement grêle, peut-être enserré dans des bas-côtés prolongés. Vers 1738, elle n'a pas été agrandie mais les bas-côtés se détachent nettement et la tour a gardé la même silhouette. Le chevet, plus bas que la nef, est plat (Adrien de Montigny l'a dissimulé derrière un arbre).

Un donjon, de plan barlong, à peine éclairé aux deux niveaux supérieurs, a perdu son caractère militaire : il dresse néanmoins sa masse de pierre, coiffée d'une haute toiture à quatre pans, au-dessus des deux corps de logis que couvrent des toits d'ardois : la cense de la Tour ? Cette ferme-château agrandie aux XVIIe et XVIIIe siècles, transformée par l'architecte Gilbert vers 1868 et restaurée depuis, forme un ensemble homagène où l'on pressent, dan sla partie est du grand corps de logis, les "vestiges d'un donjon" (Patrimoine monumental, t. V, p. 452)

que Remacle Leloup ne représente pas. Elle appartenait, en 1602, à la veuve de François Persant. Siège de la seigneurie foncière, elle se trouvait au centre des convoitises des nombreux héritiers de Jean de Mozet. En 1611, du 13 mai au 17 juin, pas moins de trois personnes, Antoine de Maillen, René puis Jehenne de mozet, en feront relief devant le Souverain bailliage de Namur (Souverain bailliage, n° 83, f° 261).

Toutefois, il y a à Mozet et roches del'église, deux autres tours, dessinées par Remacle Leloup mais absentes de cette gouache. Si celle de la ferme Royer ne fut construite qu'en 1614 par Jean Muller, seigneur de Courrière et maître de forges très actif à Goyet, l'autre qui défend l'accès de la "ferme Douxflamme" pourrait petre antérieure, le bien étant connu depuis 1289 ! Située dans la vallée et sur la rive droite du Tronquoy, cette tour de plan carré, aujourd'hui sous toiture en pavillon, pourrait avoir été représentée par Adrien de Montigny plutôt que celle du château, implanté, lui, sur une crête.

Le cartouche annonce aussi le "Bois Gillet", ferme recensée par le Terrier à Mont (Arville), à un kilomètre et demi à vol d'oiseau au sud de Mozet ; elle semble avoir disparu et le toponyme ne se lit plus sur aucune carte. On conserve un bail du 15 juin 1609 en faveur de Philippe Durieu, "post" du Vivier l'Agneau. C'était une "maison de nourriture [...] réputée de toute ancieneté pour une charue et demie, pays stéril mais pour nourison commode" (Terrier). Sans doute est-ce cette ferme en U, avec entrée charretière, toits d'ardoise et de chaume, au premier plan.

Depuis 1575, Mozet fut continuellement occupé ou traversé par des soldats. En 1578, même les pauvres quittèrent le village, et "sont la pluspart morts ça et là, au moings sans en avoir ouï de nouvelles, estans allé à la guerre ou gaigner leur vie aultre part, du moins entreperdus" (témoignage du curé Pierre Derhet en 1584). En 1592, le censier Jean de Jausse fut battu et chassé de chez lui avec sa famille, tandis que les soldats se gobergeaient aux frais du seigneur comme des villageois et que leurs valets gavaient les chevaux de gerbes de bons grains (Enquêtes judiciaires, n° 1119 et 1578).

Le peintre a représenté le château fort alors que la tension n'était pas résorbée : le voici entouré de fossés que franchit du côté nord une passerelle de bois, défendue par une rangée de pieux. Le portail, large et cintré, est percé dans une courtine aveugle que cantonnent deux tours : celle de l'angle nord-ouest subsiste toujours sous le nom de "tour d'Evrard de Bolland". La face est n'est autre que la paroi calcaire d'un bâtiment de ferme s'appuyant au pignon d'une puissante tour coupée, peut-être cylindrique. On ne devine des parties situées à l'arrière qu'un enchevêtrement de toitures de niveaux différents qui paraissent encadrer le très haut donjon barlong, muni d'un hourd et quasi aveugle, sous une toiture à quatre pans, ornée de girouettes, que l'on tretrouve, identique, sur la gravure simplifiée de Gramaye. Rien n'indique, ni ici ni là, la présence de la chapelle castrale Sainte-Madeleine, pour laquelle, le 11 janvier 1599, Henri de Chasselon fonde une messe hebdomadaire (Echevinages, Lustin, n° 2) 

"L'un s'en vat, l'autre vient", constate philosophiquement Adrien Finette, page et palefrenier au château en 1585 ; il conclut ainsi un témoignage dans lequel il déclare qu'il y avait auparavant 80 feux et que le village a perdu environ 25 maisons, dont 7 vidées par la "grande maladie" (M. Houtart estime la population à 172 habitants en 1584). La cense de Spasse a brîlé en 1582, mais les destructions ont permis "de faire beaucoup de neuves maisons au lieu des vieilles" (Enquêtes judiciaires, n° 1160). Et si l'on excepte le mur éboulé de l'enclos cimetéral - la tour éventrée n'est autre que l'"antique" tout Barberine, en ruine depuis longtemps (M. HOUTART, op. cit., t. XLI, 1934, p. 162, n. 5) - l'habitat représenté sur la gouache semble intact. Collart Frizet, censier de la douairière, ajoute à l'énumération de ses propres malheurs et de ceux des petits exploitants, toujours obligés de "racheter" leurs biens aux troupes, que "l'église estoit trop petitte et l'on estoit en peine pour la ragraindir, mais par la grâce [volonté] de Dieu, elle est beaucoup trop grande" (Enquêtes judiciaires, n° 1050). On voit ici sa courte nef en bâtière dotée d'un porche à fronton, bien exiguë par rapport à la tour imposante, marquée de cordons et percée de baies. Le même témoin dit aussi les difficultés du meunier, confronté à la disparition de sa clientèle et au payement de ses loyers : un moulin est représenté sur la gouache au bord du ruisseau (de Gesves ?) muni de ses deux tournants.

GESVES

En cartouche : "La terre De Ghesnes". - Vue prise du nord.

En dépit de son aspect imposant et de son ancienneté certaine - la "maison" d'Evrard de Bolland est citée au XIVe siècle - le château ne focalise pas ici l'attention. Peut-être parce qu'il était inhabité ? La famille seigneuriale était depuis longtemps déchirée par des conflits et le décès, en 1574, d'Erard de Seraing, "atteint de débilité et privation de bon sens", ajoutera des problèmes dont l'on débat encore dix ans plus tard devant les plus hautes juridictions du comté (notamment, Enquêtes judiciaires, n° 1054). Les dernières volontés de son successeur immédiat, Jean de Marneffe, aggravent la crise et sa veuve, Jeanne de Donghelberge se retire, à partir de 1587, dans la "cense de pierre" près de l'église, pour y faire face à ses enfants (M. HOUTART, "Le village de Gesves...", ASAN, t. XLIII, 1938-1939, pp. 18-32).

Installez-vous confortablement et découvrez ci-dessous les quelques jolies pages - gouaches de Adrien de Montigny - extraites d'un des "Albums de Croÿ", couvrant le comté de Namur ( LES ALBUMS DU DUC CHARLES DE CROY - Edition du Crédit Communal de Belgique ) Commentaires : Françoise JACQUET-LADRIER et Philippe JACQUET. Photos de Pjerpol RUBENS.

Ces albums, nés à la charnière des XVI et XVII siècles, de la passion bibliographique qui animait le duc Charles de Croÿ, puissant seigneur soucieux d'avoir constamment sous les yeux, l'image de ses vastes domaines et de ses innombrables propriétés. Les Albums, qui sont les pièces les plus spectaculaires d'un ensemble documentaire polymorphe, rassemblent plus de 2500 gouaches délicatement exécutées (par Adrien de Montigny, peintre de Valenciennes), qui représentent autant de villages. Ils couvrent un territoire très étendu, qui englobe maints terroirs du Nord de la France et de la Belgique d'aujourd'hui, depuis les anciennes principautés d'Artois, de Hainaut et de Namur jusqu'au duché d'Aarschot, en passant par les vallées de l'Escaut, de la Lys et de la Sambre.

Charles de Croÿ appartient à l'une de ces grandes familles qui, sous les ducs de Bourgogne et les rois d'Espagne, jouèrent un rôle considérable dans la vie politique et économique des pays-Bas.

Ces albums sont conservés à la Bibliothèque Nationale de France.

Les albums connus sont ;

Chaque vue est encadrée d’un cadre de style pré-baroque, dans lequel figurent des fleurs et fruits, ou de motifs décoratifs, dont cartouches pré-baroque. Chaque cadre est différent.

                                                      sources : chenemillenairedeliernu.be et wikipédia

   
pour vous éclairer sur le sujet